Interview de M. Jean Michel Bérenger

Le vendredi 30 mars, nous avons eu la chance de rencontrer M. Jean Michel Bérenger, spécialiste des punaises de lit. Cet entomologiste passionné et reconnu nous a accordé son temps afin de répondre à nos questions au sein de son laboratoire à l’IHU (l’Institut Hospitalo-Universitaire Méditerranée Infection).

Nous savons que les punaises ont une carapace, de quoi est-elle faite ?

La carapace des punaises de lit est constituée de chitine et d’hydrocarbones et cela à tous ses stades d’évolution. D’ailleurs, un des phénomènes majeurs de résistance chez les punaises de lit est épaississement de la cuticule, ainsi le traitement utilisé pour les éradiquer aura plus de mal à pénétrer.

Par quoi sont attirées les punaises de lit ?

Les punaises de lit sont guidées vers nous par 3 facteurs principaux : le CO2, la température et les odeurs. De plus, de récentes études ont révélées leur attirance vers des couleurs comme le rouge et le noir ainsi que vers les contrastes (du noir et du blanc juxtaposés). Cette attraction serait expliquée par un comportement de camouflage.

Enfin, les phéromones sont très importantes, en effet, les points noirs que l’on peut souvent trouver autour des zones où elles se trouvent sont constitués par leurs propres déjections. Il s’agit de sang digéré, contenant des phéromones qui sont des particules très détectable par les punaises de lit. Cette détection peut se faire dans un très large périmètre autour du point d’émission.

Ce phénomène leur permet de retrouver leur cachette lorsqu’elles sortent la nuit et après s’être nourries. Elles captent les phéromones de leurs déjections via leurs antennes.

De quoi se nourrissent les punaises de lit ?

Tout comme les moustiques, les punaises de lit sont des insectes exclusivement hématophages. Même si les humains sont les premières victimes, elles peuvent survivre en s’alimentant avec du sang d’autres animaux comme le chat, le chien, l’oiseau et même le gecko. Il a été montré que chez les punaises nourries avec du sang non humain, le nombre de ponte chez les femelles diminuaient et que les différents stades de développement étaient plus longs.

Quels sont les nutriments essentiels à leur survie et comment sont-ils assimilés ?

Dans le sang, les punaises puisent les vitamines A et B, indispensables à leur survie. La digestion du sang sera fait grâce à des symbiotes qu’elles portent en elles et plus précisément au niveau de l’intestin dans les mycétomes. Ces symbiotes vont tirer du sang les nutriments essentiels.

Le corps des insectes est à température ambiante (22/24°C). Un insecte hématophage devrait mourir par choc thermique avec un repas à 37°C que représente notre sang. Il existe alors un système de régulation de la température propre à chaque insecte hématophage. Chez la punaise de lit, ce mécanisme est représenté par la présence d’une protéine  « Heat Shock Protein » (HSP) qui protège leurs propres protéines de la dégradation dû aux chocs thermiques créés lors des repas.

Quelles sont les conditions optimales de développement de la punaise de lit ?

Les punaises de lit vivent à température ambiante (environ 25°C). Certains pensent que l’éclairage est un paramètre très important, tandis que d’autres estiment que non, puisqu’à l’origine ces insectes vivent dans des cavernes avec des chauves-souris.

A quel moment les punaises sont-elles les plus vulnérables dans leur cycle de vie ?

Les punaises de lit présentent une vulnérabilité accrue dès les 1ers stades de vie. C’est à ce moment-là que les individus présentent la grande activité métabolique, et cette activité diminue au fur et à mesure que l’on avance dans le cycle de vie. Il est donc plus facile de cibler des voies métaboliques essentielles à l’individu durant ces stades de vie.

Quelles sont les différences entre les espèces de punaises ?

Les deux espèces majeures de punaises de lit sont Cimex hemipterus et Cimex lectularius. Ces deux espèces sont les plus étudiées et les plus susceptibles d’être la cause d’infestation. Il n’y a pas vraiment de différences morphologiques (du moins pas à l’œil nu), ni de différences métaboliques entre ces deux espèces. Ainsi, un piège à punaise basique peut attirer les deux espèces.

On sait déjà que Cimex hemipterus se trouve à l’origine en Russie et en Suède. Il en va de même pour l’espèce Cimex lectularius. On suppose que les premiers individus de ces espèces sont apparus dans ces pays.

A quels microorganismes les punaises de lit sont-elles sensibles ?

Elles ne présentent pas de sensibilité aux virus, en revanche une étude récente a été mené sur leur contamination par des bactéries et surtout par des champignons pathogènes, par exemple Beauveria bassiana.

Interagissent-elles avec d’autres insectes ? Sont-elles la cible d’insectes (ou autre) prédateurs ?

Habitant dans nos logis, elles ne présentent pas vraiment d’interactions avec d’autres insectes. La scutigère est cependant l’un de ses prédateurs naturels, mais je ne pense pas que quelqu’un soit d’accord avec l’idée d’introduire des scutigères dans une chambre pour en finir avec les punaises de lit !

Les punaises de lit sont des insectes qui se sont simplifiés au cours du temps. Elles n’ont plus d’ailes, plus d’yeux simples mais des yeux composés, par rapport à leurs homologues sauvages. Si on les compare aux triatominés (punaises hématophages sauvages en jungle amazonienne), elles n’ont qu’une cinquantaine de capteurs à phéromones (et autres molécules). Leur homologue sauvage en possède plus de 3000. Il s’agit là d’un bel exemple de simplification, la punaise n’a plus l’utilité de posséder des ailes et un grand nombre de capteurs puisque la proie (nous!) se trouve juste à côté !

Les punaises sont-elles des vecteurs de pathologies ?

A ce jour, aucun pathogène ne peut être transmis par la piqure d’une punaise de lit, puisqu’il n’y en a pas dans les glandes salivaires. Les pathogènes se trouvent uniquement dans leurs déjections et leur intestin.

Quelles sont les limites des solutions ?

L’utilisation de gaz est peu judicieuse, car les punaises peuvent également se cacher derrière un meuble contre le mur, là où le gaz ne passe pas. Les individus ne seront donc pas tous atteints.

Il existe déjà un piège autocollant composé d’un tube odorant (odeur de coriandre) et d’une bande adhésive. C’est un piège passif, qui représente une solution intéressant pour les punaises qui viennent d’arriver dans la pièces et qui ne se sont pas encore installées. Dans le cas contraire, il vaut mieux un piège actif (CO2, T°C, odeur). Ces pièges existent déjà (Chaleur et odeur), mais sont plus ou moins efficaces. En revanche il n’existe pas encore de piège réunissant les trois paramètres d’attrait d’une punaise de lit !

Qu’en est-il de du phénomène de résistance ?

Le phénomène de résistance des punaises de lit observé ces dernières années est surtout causé par l’homme. Si on utilise un insecticide lambda sur une punaise sauvage, elle meurt instantanément, ce qui n’est pas le cas de certaines punaises de lit. Ceci est dû au fait que la plupart des personnes utilisent des produits comportant des molécules auxquelles la punaise résiste, ce qui « entretient » sa résistance en quelque sorte, donc dès le départ il faut savoir à quel individu nous avons affaire !

Certains chiens arrivent à repérer les larves de punaises et les individus adulte grâce leur odorat, même à travers une double cloison. Ils ne sentent pas leurs phéromones car mêmes mortes, les chiens les repèrent peuvent les repérer.

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